Faut-il fermer les yeux pendant une séance de sophrologie ?
Un article écrit par Fabienne

Pendant ma formation de sophrologue, on m’avait appris une chose très précise.

Pendant la pratique, il fallait ouvrir régulièrement les yeux pour vérifier que tout allait bien pour le client.

L’objectif était simple : assurer sa sécurité, observer ses réactions et adapter la séance si nécessaire.

Pendant longtemps, j’ai appliqué cette consigne sans vraiment la remettre en question.

Elle faisait partie de ce que j’avais appris.

Elle semblait logique.

Et puis un jour, deux questions sont apparues.

La première était très simple.

Aimerais-tu être observé pendant que tu essaies de te détendre profondément ?

La seconde l’était tout autant.

Lorsque ton client refait la séance seul chez lui, tu n’es plus là pour le regarder. Qu’est-ce qui garantit alors sa sécurité ?

Ces deux interrogations ont profondément transformé ma manière d’accompagner.

Aujourd’hui, lorsque les conditions le permettent, je ferme les yeux avec mes clients.

Non pas parce qu’il s’agit d’une règle.

Mais parce que c’est devenu un choix conscient.

Un choix qui s’appuie autant sur mon expérience que sur la manière dont je comprends aujourd’hui la posture du sophrologue.

Le cerveau humain est naturellement sensible au regard des autres

Depuis des milliers d’années, notre cerveau s’est construit autour d’un objectif essentiel : assurer notre survie.

Pour cela, il est devenu extrêmement performant pour détecter ce qui se passe autour de nous.

Parmi tous les signaux qu’il analyse en permanence, il en existe un particulièrement puissant : le regard d’une autre personne.

Les neurosciences montrent que notre cerveau traite très rapidement la direction du regard.

Être observé mobilise spontanément notre attention.

Selon le contexte, cela peut également augmenter notre niveau de vigilance ou activer légèrement notre système de stress.

fermer les yeux

Nous le vivons tous dans notre quotidien.

Lorsque nous parlons devant un groupe.

Lorsque nous passons un examen.

Lorsque nous sommes filmés.

Ou simplement lorsque nous sentons que quelqu’un nous regarde.

Chez certaines personnes, cette simple sensation suffit à modifier la respiration, augmenter les tensions musculaires ou rendre le relâchement beaucoup plus difficile.

Or, en sophrologie, nous recherchons précisément l’inverse.

Nous invitons progressivement la personne à quitter son attention tournée vers l’extérieur pour revenir vers son monde intérieur.

Le regard peut réveiller la peur du jugement

Chaque personne que nous accompagnons arrive avec son histoire.

Son vécu.

Ses expériences.

Ses blessures parfois.

Certaines ont grandi avec l’idée qu’il fallait toujours bien faire.

D’autres ont appris à répondre aux attentes des autres.

Certaines redoutent le regard extérieur.

D’autres craignent de mal faire ou de ne pas être à la hauteur.

Même lorsque le regard du sophrologue est profondément bienveillant, le cerveau du client peut parfois l’interpréter autrement.

Non pas comme un regard rassurant.

Mais comme une forme d’évaluation.

Cette réaction est rarement consciente.

Elle est automatique.

Car le cerveau ne réagit pas uniquement à la réalité.

Il réagit surtout à ce qu’il perçoit.

Et cette perception influence directement la qualité du relâchement.

En fermant les yeux, je transmets un message

Lorsque je ferme les yeux avec mon client, je lui envoie un message silencieux.

Un message qui ne passe pas par les mots.

Je lui dis implicitement :

Je te fais confiance.

Je fais confiance à son corps.

Je fais confiance à ses ressentis.

Je fais confiance à sa capacité à adapter les mouvements.

À ralentir.

À modifier un exercice.

À s’arrêter si cela devient nécessaire.

Cette confiance change profondément la dynamique de la séance.

Le client cesse progressivement de chercher à répondre aux attentes du sophrologue.

Il commence à écouter davantage ce qui se passe en lui.

Et c’est précisément ce que nous cherchons à développer.

La sophrologie vise l’autonomie

L’un des objectifs fondamentaux de la sophrologie est de rendre progressivement la personne autonome.

Notre rôle n’est pas de créer une dépendance au praticien.

Notre rôle est d’accompagner le client afin qu’il puisse ensuite pratiquer seul.

Chez lui.

Dans son quotidien.

Au moment où il en ressent le besoin.

Si la personne a besoin que le sophrologue vérifie constamment qu’elle pratique correctement, que se passera-t-il lorsqu’elle sera seule ?

Elle risque de douter.

fermer les yeux

De chercher à reproduire exactement ce qu’elle faisait en cabinet.

De craindre de mal pratiquer.

À l’inverse, lorsqu’elle apprend dès le départ à écouter son propre rythme, elle développe progressivement sa confiance.

Elle devient davantage actrice de sa pratique.

Elle cesse de chercher une validation extérieure.

Et c’est là que la sophrologie prend toute sa dimension.

La sécurité ne dépend pas uniquement du regard du sophrologue

Fermer les yeux ne signifie absolument pas abandonner son client.

La sécurité commence bien avant le début de la relaxation.

Elle se construit dès le temps de dialogue.

Pendant le pré-sophronique.

C’est à ce moment-là que nous évaluons les besoins de la personne.

Son état physique.

Ses éventuelles difficultés d’équilibre.

Son niveau d’anxiété.

Ses capacités du moment.

Nous adaptons ensuite la pratique.

Nous proposons une chaise si nécessaire.

Nous rappelons qu’elle peut modifier un mouvement.

Faire une pause.

Ouvrir les yeux.

Ou interrompre la séance à tout moment.

Ce cadre sécurisant est bien plus important qu’une surveillance permanente.

Car c’est ce même cadre que le client retrouvera lorsqu’il pratiquera seul.

Une sophrologie vécue plutôt que récitée

Depuis que je ferme les yeux, ma manière d’animer les pratiques a profondément évolué.

Je ne récite plus simplement un protocole.

Je le vis.

Je ressens les respirations.

Je prends conscience des tensions dans mon propre corps.

Je laisse les mouvements m’habiter.

Mon terpnos devient plus naturel.

Mes mots émergent davantage de mon expérience que d’un texte mémorisé.

Je suis pleinement présente.

Cette cohérence entre ce que je vis et ce que je propose nourrit la qualité de la relation.

Car la sophrologie ne se fait pas sur quelqu’un.

Elle se partage.

Observer ou contrôler ?

Au fil de cette réflexion, une autre question est apparue.

Pourquoi ressentons-nous parfois autant le besoin de regarder notre client ?

Est-ce toujours pour lui ?

Ou parfois aussi pour nous ?

Car il est possible que ce besoin d’observer vienne également répondre à notre propre besoin de nous rassurer.

Lorsque nous débutons, nous avons envie de vérifier que tout se passe bien.

Nous voulons éviter l’erreur.

Nous voulons bien accompagner.

Nous voulons être certains que le client suit correctement les consignes.

Tout cela est parfaitement humain.

Mais il est intéressant de se demander si cette observation répond toujours à un besoin réel du client.

Ou si elle répond parfois à notre propre besoin de contrôle.

Cette réflexion ne remet pas en cause les pratiques de chacun.

Elle invite simplement à interroger notre posture.

Bien sûr, certaines situations nécessitent une autre approche

Fermer les yeux ne constitue pas une règle absolue.

Certaines situations demandent naturellement davantage de vigilance.

Par exemple lorsqu’une personne présente :

  • des troubles importants de l’équilibre ;
  • un risque de chute ;
  • une anxiété particulièrement élevée ;
  • des difficultés physiques spécifiques ;
  • ou toute autre situation nécessitant une surveillance adaptée.

Dans ces cas-là, garder les yeux ouverts peut être parfaitement justifié.

L’objectif n’est donc pas d’opposer deux façons de pratiquer.

L’objectif est de choisir consciemment sa posture.

Observer lorsqu’une situation le demande n’a rien à voir avec observer par automatisme.

Une invitation à réfléchir sur notre posture de sophrologue

Je ne cherche pas à dire qu’il existe une seule bonne manière d’accompagner.

Chaque sophrologue construit progressivement sa pratique.

Chaque professionnel évolue au fil de son expérience.

Je partage simplement une évolution qui a profondément changé ma façon d’être en séance.

Aujourd’hui, je fais davantage confiance au cadre que je construis avec mon client.

Je fais davantage confiance au processus.

Je fais davantage confiance à la capacité de chacun à écouter son propre corps.

Et surtout…

je fais davantage confiance à la relation.

Parce qu’au fond, la sophrologie n’a jamais consisté à surveiller quelqu’un.

Elle consiste à lui permettre de se rencontrer.

Et peut-être que cette rencontre commence justement lorsque le regard de l’autre cesse d’être au premier plan, laissant enfin toute la place à l’écoute de soi.

Tu te poses des questions sur ta posture de sophrologue ?

Si, en lisant cet article, tu t’es reconnu dans certaines situations, si tu doutes parfois de ta posture, de ta manière d’accompagner ou si tu te demandes comment gagner en confiance dans tes séances, sache que tu n’as pas besoin de rester seul(e) avec ces interrogations.

Ces questionnements sont fréquents et ils font pleinement partie de l’évolution d’un sophrologue.

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